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Le jouet
Elle fut le jouet
De bien des plaisirs,
L’infâme secret
Tabou de famille;
Le fruit défendu
De viles passions,
Le crime absolu
D’ignobles trahisons.

Elle fut le souhait
D’étranges désirs,
Celle que l’on prenait
Pour se divertir,
La femme objet,
Fragile et docile
Souvent ne vivait,
Que frayeur et péril.

Elle fut la source
De bien des torrents
Perdue, sans ressource
Et l’esprit défaillant;
À peine treize ans
Son âme meurtrie,
Si laide en dedans
Même si on la dit jolie!

Quand vient la nuit
Une ombre surgit,
La peur la saisit
Sous les draps elle s’enfuit;
Cette ombre s’insère
Et la pauvre se raidit,
Elle sent le calvaire
D’une longue agonie.

Des mains l’assaillent
Un monstre, elle se dit!
Parcourre la muraille,
Une voix qui glapit.
Elle sent ses entrailles
Faillir dans son lit,
Sa vie en pagaille
Et sa fleur en charpie.

Elle se fit pierre
Pour contrer le satyre
Lui laissant sa chair
Il se mit à gémir.
Dans une mer de silence
Elle alla se blottir,
Suppliant Dieu ou les anges
De venir la secourir.

De vaines prières
Ne purent suffire.
Sur elle ses pairs
Continuaient à l’assaillir.
Elle vivait l’enfer!
Comme on vit un martyre
Lui fallait se taire,
Ou elle allait périr.

Elle qui ne désirait
Qu’un peu d’attention
Devint le sujet
D’une grande affliction,
Elle devint soumise
Sans aucune compassion
Au sortir de l’église
Fit sa contrition.

Elle devint l’ivraie
Non point le martyre.
Personne ne croyait
À ses honteux délires.
L’enfant fabulait!
Sa mère renchérir
Car si c’était vrai
Elle l’aurait vu venir.
Jean-Maurice Chaput
(Cocolico) septembre 2005






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